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Agir en faveur de la citoyenneté de tous à Bakel

L’équipe du Grdr de Bakel (Sénégal) s’investit au sein de la Commune pour promouvoir la citoyenneté des personnes les plus démunies. Soutenu par ActionAid International, elle se fixe pour objectif de promouvoir les droits humaines et de lutter contre toutes les formes de discriminations faites aux personnes issues des couches sociales les plus vulnérables, particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants, de femmes ou de personnes vivant avec un handicap. Entretien avec Papa Diallo, en charge du projet au sein de la cellule de Bakel.

- Depuis 2011, le Grdr mène de nombreuses actions au sein de la ville de Bakel pour promouvoir la citoyenneté de tous. Peux-tu nous expliquer un peu en quoi consiste ces activités ?

En fait, ce que nous appelons le Programme de Développement Communautaire de Bakel comporte plusieurs volets qui sont pour nous autant d’objectifs. Globalement on essaye de renforcer l’implication citoyenne des personnes vulnérables qui vivent à Bakel et dans ses environs, pour qu’elles ne restent pas en marge de la société. Ce peut-être des personnes en proie à la pauvreté, ou à la violence, ou encore des gens qui vivent avec un handicap. Par exemple, on essaye de trouver des solutions pour le maintien des jeunes filles à l’école et plus largement pour améliorer le cadre d’étude en milieu scolaire (lutte contre la violence, etc…). Ou alors on essaye d’apporter des solutions aux familles pauvres en leur proposant des formations aux pratiques agricoles urbaines et écologiques, comme le micro-jardinage sur table. L’idée c’est qu’elles produisent elles-mêmes leur nourriture et pourquoi pas qu’elles dégagent un surplus, pour les revendre. C’est un programme qui vise toutes les catégories sociales, touchant tous les aspects de la société, la pauvreté, le handicap, la parité, la jeunesse...

- Vous vous y prenez comment ? Vous passez par les services sociaux de la ville ?

En fait nous pensons que l’amélioration des conditions de vies passe avant tout par une approche participative. Bien entendu la Commune est un partenaire très fort et essentiel qui nous facilite les choses quand elle le peut. Mais ce que nous voulons surtout c’est aller nous-même vers les citoyens pour évaluer les besoins prioritaires, pour définir les catégories de gens qui ont le plus besoin qu’on les aide, qui sont le plus en difficultés. A l’issue de cette phase nous proposons un plan d’action et là nous revenons vers les autorités locales, les services techniques de l’Etat, pour que ce soit suivi d’effets. On travaille beaucoup avec les chefs de quartier de la ville de Bakel.

- Quelle est la place de la jeunesse au sein de ce projet ?

En fait, on essaye d’agir dès le plus jeune âge. Le parlement des enfants de Bakel en est le meilleur exemple. C’est une « institution », entre guillemet, qui a été mise en place pour que dès le plus jeune âge les gens apprennent à être des citoyens engagés. On a créé des « clubs d’enfants » dans plusieurs quartiers de la ville et les membres de ces clubs se réunissent en sessions pour former ce parlement. Ils élisent un Président du Parlement, et forment des commissions exactement comme les vrais parlements. Et chaque année nous essayons d’établir avec eux un plan d’action pour définir les besoins des jeunes et les mettre en œuvre en les faisant remonter au niveau de la commune. Bien que ce soit bien entendu une instance non officielle, c’est un moyen pour les services communaux de mieux comprendre les problématiques de la jeunesse et les questions de leur temps. Donc voilà, on essaye d’appréhender cette question sous l’angle de la participation, mais sans oublier qu’il est aussi question de droits.

- C’est-à-dire ?

Pour avoir des droits, il ne suffit pas de l’écrire quelque part, il faut aussi et surtout qu’ils soient reconnus comme tels par la société, que les gens les connaissent et qu’ils les appliquent. Ce n’est pas toujours facile. Il faut parfois travailler sur les mentalités, affronter quelques codes sociaux… Prenons un exemple concret : l’enregistrement à l’état civil. Aujourd’hui, au Sénégal, un gamin qui n’est pas inscrit à l’état civil ne peut pas passer au collège. Il n’en a pas le droit. Or nous avions remarqué qu’à Bakel il y a beaucoup d’enfants qui n’ont pas pu passer leurs examens parce qu’ils n’étaient pas enregistrés à l’état civil. Ils se sont retrouvés de facto exclus du système scolaire, simplement par méconnaissance des parents, et parfois même à cause de leur négligence. Ce qui n’est pas acceptable !

Pour répondre à ce problème, on a mis en place un collectif « para-juristes » qui porte des actions de plaidoyer et de sensibilisation. Ce sont des gens formés sur les questions de droit en étroite collaboration avec le tribunal de Bakel, les autorités locales et les partenaires. Ils s’attèlent à informer les parents sur l’importance qu’il y a à déclarer leurs enfants dès la naissance. Et c’est avec eux et les autorités qu’on a organisé, des journées d’attribution d’actes d’état civil pour les enfants qui n’en ont pas. En partenariat bien sûr avec le tribunal de Bakel, qui est l’autorité compétente pour les délivrer.

- Et votre action se poursuit jusqu’en milieu scolaire …

Oui. Mais cette fois-ci pour d’autres raisons, même si bien sûr c’est complètement lié. On s’est aperçu qu’il y a beaucoup de violences en milieu scolaire. Parfois même à l’arme blanche. Le problème c’est qu’il y a de plus en plus d’élèves et pas assez de professeurs. Et les classes sont plus remplies que ne le permettent leur capacité d’accueil, ce qui favorise le développement de comportements inadéquats. On essaye d’impliquer les professeurs, les parents d’élève, la commune bien sûr et les services scolaires déconcentrés, pour que tous ensemble nous trouvions des solutions par le dialogue. On espère que ça permettra d’améliorer les conditions de vies et d’éducation des enfants. Personne ne peut étudier sereinement s’il se sent en danger. Vu qu’il y a un manque de personnel de surveillance, on essaye par exemple de voir si des brigades de veille ne pourraient pas être la solution. On essaye d’apporter la meilleure réponse possible en fonction des moyens à disposition.

- La jeunesse est donc selon toi un élément clé pour améliorer les conditions de vie des citoyens à Bakel ?

Oui. Mais pour moi, la priorité et le problème principal dans la région c’est la situation des femmes, notamment en ce qui concerne les violences. Nous sommes dans une région où elles subissent beaucoup de violences : les viols, les mariages forcés, abandon, inceste… Et même le décrochage scolaire qui touche beaucoup plus les jeunes filles, pour un certain nombre de raisons que je viens juste d’énumérer.

- Quelle est l’approche mise en place pour lutter contre ce problème des violences faites aux femmes ?

Bien sûr il y a des opérations de sensibilisation. Mais je pense que la clé c’est de promouvoir l’émergence de femmes leaders. L’idée c’est de faire en sorte qu’elles soient de plus en plus nombreuses, dans les années à venir, à accéder aux instances de décisions locales. C’est le meilleur moyen, je pense, pour qu’elles fassent entendre leurs voix, défendre leurs droits et pour que soient mises en place des campagnes de sensibilisation efficaces. Elles se feront plus facilement respecter ainsi. Actuellement elles sont largement sous-représentées dans les conseils municipaux et départementaux, c’est une évidence. Sur l’année 2015, on a proposé des formations à 18 jeunes filles pour les inciter à s’investir. On sait qu’il en faudrait beaucoup plus, mais à notre niveau on fait avec les moyens qu’on a. Elles ont formé un groupement commun au sein duquel elles partagent leurs expériences, se soutiennent et avancent ensemble.

- Enfin, pour conclure, je crois que vous accompagnez également les personnes vivant avec un handicap ?

Tout à fait. Ce sont des gens particulièrement vulnérables et souvent exclus de la société. A Bakel, ils avaient mis en place une association pour faire entendre leur voix. Malheureusement cela ne fonctionnait pas. Donc le Grdr a mené un diagnostic organisationnel de cette association pour comprendre pourquoi cela ne fonctionne pas. Une trentaine de personnes, parmi lesquelles le chef du service départemental de l’action sociale ont participé à un atelier sur ce sujet. Le diagnostic a débouché sur un plan d’action afin de restructurer cette association et qu’elle soit dynamique. Maintenant, les personnes vivant avec un handicap ont un outil pour promouvoir leurs droits en tant que citoyens. Ils savent à qui s’adresser, où trouver du soutien et peuvent se faire entendre. Je crois que c’est un 1er pas mais qu’il est essentiel.


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