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La faim serait elle un buisness comme un autre ?

Il y a deux ans, le G8 lançait à Camp David (USA) la Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN). L’objectif annoncé esr d’améliorer la sécurité alimentaire et d’aider quelques 50 millions de personnes en Afrique sub-saharienne à sortir de la pauvreté d’ici à 2022, en « libérant le pouvoir du secteur privé ».

Cette structure regroupe les Etats du G8, l’Union africaine, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), son Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA), les gouvernements de dix pays africains et 227 entreprises nationales et internationales.

Dans un rapport publié cette semaine, Action contre la faim, le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France dénoncent l’opacité de cette initiative et son impact sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.

Une politique qui mettrait en danger l’agriculture familiale et paysanne

Pour ces ONG, cette initiative pousse les Etats africains à mettre en œuvre des mesures de dérégulation et d’ultra-libéralisation de leur secteur agricole au détriment de l’agriculture familiale et paysanne, sans implication ou presque des acteurs locaux. Pour les auteurs du rapport comme pour leurs partenaires de la société civile africaine, cette initiative met en péril la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations et porte atteinte au droit à l’alimentation des populations les plus vulnérables.

Le rapport s’appuie sur des études de terrain menées au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Il détaille entre autres les conséquences de la Nouvelle Alliance sur le droit à l’alimentation des populations les plus vulnérables, sur la lutte contre la malnutrition, le développement des PME africaines, les droits fonciers des paysans et leur accès aux semences et aux ressources naturelles.

«  Le modèle agricole qui est promu par la Nouvelle Alliance est défavorable aux petits producteurs. Il ne permet pas de lutter de façon durable contre l’insécurité alimentaire et la faim ni d’atténuer les difficultés quotidiennes des Éthiopiens ou des Burkinabés. La sous-nutrition apparait surtout comme un alibi alors que seuls 3% des investissements mentionnent des produits à la fois favorables à la nutrition et destinés au marché local  », explique Peggy Pascal d’Action contre la faim.

Le rôle trouble de la France

Le rapport souligne en particulier le rôle trouble de la France. Si cette dernière s’est dans un premier temps montrée réticente, elle figure aujourd’hui parmi les trois premiers contributeurs, à hauteur de à 754 millions d’euros par an.

Surtout, la France fait preuve d’un manque total de transparence quant aux financements qu’elle accorde aux multinationales membres de l’Alliance via PROPARCO, la branche de financement du secteur privé de l’Agence Française de Développement.

«  Malgré les critiques formulées lors du lancement de l’initiative, la France occupe en réalité un rôle central dans la Nouvelle Alliance qui semble bien constituer l’un des bras armés de la diplomatie économique chère au gouvernement de François Hollande. Si elle veut rester crédible sur la scène internationale, la France doit quitter cette initiative, ou agir pour qu’elle soit radicalement réformée », rappelle Maureen Jorand du CCFD-Terre Solidaire.

Les mesures visant à favoriser l’investissement privé, notamment les incitations fiscales, tarifaires et douanières, privent par ailleurs les Etats africains de recettes fiscales qui leur permettraient de renforcer l’investissement agricole public indispensable à la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.

Intérêt des multinationales et diplomatie économique

« Derrière ses ambitions affichées de lutter contre la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la malnutrition en Afrique, le G8 déroule en réalité le tapis rouge aux investisseurs internationaux. D’ailleurs de nombreux pays africains parmi les plus gravement affectés par l’insécurité alimentaire et nutritionnelle sont laissés en dehors de cette initiative. Ce sont plutôt les pays qui offrent le plus de perspectives de croissances et de profits pour les multinationales et les gros investisseurs qui ont été ciblés en priorité  » explique Clara Jamart d’Oxfam France.

31 modifications ayant un impact sur les législations financières et fiscales sont prévues pour l’ensemble des pays africains de la Nouvelle Alliance. Il apparaît clairement que les véritables bénéficiaires de cette initiative sont aujourd’hui les multinationales de l’agroalimentaire et les grands traders de matières premières agricoles.

Olivier De Schutter, ancien Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, signe la préface de ce rapport et souligne que « compte tenu des progrès des technologies agricoles au cours du siècle dernier, nous savons que les obstacles techniques sont surmontables : ce sont le courage et la lucidité politiques qui font défaut ».


Documents à télécharger

Rapport : "La faim, un busness comme un autre"
Synthèse du rapport "La faim un busness comme un autre"
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