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Interview avec Elida Kocani, Responsable des programmes ’accès aux droits’ et ’inclusion sociale’ au Grdr

Bonjour Elida, peux-tu nous expliquer les liens qui existent entre l’accès aux droits et l’inclusion numérique des personnes immigrées ? Pourquoi est-ce aujourd’hui une question sociale importante ?

Tout d’abord, l’accès aux droit est synonyme d’inclusion. Il s’agit de permettre l’accès au droit commun à tous les citoyens, c’est-à-dire favoriser l’accès aux services et aux prestations sociales disponibles, notamment aux personnes les plus éloignées de ces bien communs. Et il s’agit souvent de migrants, vivant sur le territoire depuis plusieurs années ou - pour reprendre les terminologies des services publics - de ’primo-arrivants’, pour la plupart confrontés à des obstacles dans leurs démarches d’accès aux droits socio-sanitaires.

Depuis plusieurs années, les services publics sont entrés dans une démarche de dématérialisation. A savoir que désormais les démarches d’accès aux droits se font de plus en plus en ligne, sur internet. D’un côté, cela permet d’avoir accès aux informations et démarches administratives facilement, mais d’un autre côté cela conduit, par son caractère exclusif, à la fermeture de guichets d’accueil physique ou téléphonique. Et on constate que cela génère de nouvelles inégalités entre les personnes qui maitrisent la technologie et celles qui en sont exclues.

En fait, le numérique est un accélérateur des problèmes existants, comme le renoncement ou le non-recours aux droits et aux soins. Ce qui veut dire qu’une démarche déjà compliquée pour un migrant, comme le renouvellement de son titre de séjour, la demande d’une allocation, le montage d’un dossier de retraite, etc. devient davantage compliquée et inaccessible. De ce fait, les populations issues de l’immigration ayant des difficultés d’accès aux droits, notamment les séniors et les primo arrivants, font en plus face à la fracture numérique. C’est la double-peine. Et l’inclusion numérique est un moyen de franchir ces obstacles et de les accompagner vers le droit commun via l’acquisition de compétences numériques.

On imagine que la crise sanitaire, avec le passage au tout numérique pendant une longue période, a eu un impact sur cette démarche de l’inclusion numérique ?

La crise sanitaire a été révélatrice de l’urgence du numérique inclusif. La rupture brutale des droits socio-sanitaires des personnes exclues de l’accès au rapport administratif, notamment pendant la première période de confinement, a été révélatrice. Tout accueil était fermé. Cela a déclenché une prise de conscience partagée par les pouvoirs publics, les institutions et les acteurs locaux et a plus que jamais mis en lumière le besoin d’agir collectivement contre l’exclusion numérique des personnes éloignées du droit commun.

Comment faire pour lutter contre cette ’double-fracture’ que tu évoquais tout à l’heure dont sont victimes les personnes immigrées ?

Favoriser l’inclusion numérique du public immigré nécessite une démarche en plusieurs étapes. Dans un premier temps, il s’agit d’identifier les besoins, les usages et les envies du public cible avant de proposer un accompagnement adapté, individuel ou collectif. Ensuite, il est très important de partager avec eux, de leur donner accès et de les accompagner vers les informations et dispositifs existants. Pour cela, il faut que les acteurs locaux de la médiation sociale et du numérique se connaissent et mettent en place des actions permettant de coordonner leur offre de façon globale. Enfin, il est important de démystifier le numérique, de générer de l’intérêt et permettre l’autonomisation par diverses étapes.

Nous, au Grdr, dans le cadre de nos programmes à destination des séniors et des « primo-arrivants » ou réfugiés, on propose un triptyque d’intervention, à la fois individuel et collectif adapté à ces personnes. On met en place des accompagnements individuels, des stages d’initiation à l’outil informatique et de découverte des services publics en ligne et des actions de mise en réseau des acteurs à travers des ateliers d’échanges de pratiques, des formations et des rencontres partenariales. L’objectif est de favoriser l’inter-connaissance et de promouvoir la coordination de la lutte contre la fracture numérique, pour l’accès aux droits et à l’emploi.

Avec le recul, est-ce que cette approche en ’triptyque’ a un impact positif auprès des personnes les plus fragilisées ?

Que ce soit auprès des migrants vieillissants ou auprès des primo arrivants, les besoins et les difficultés d’accès aux droits rencontrées sont assez similaires, hormis la question de la barrière de la langue qui est plus forte chez les primo arrivants. Les projets du Grdr permettent de découvrir l’outil informatique, d’acquérir des compétences de base, d’utiliser en relative autonomie un ordinateur alors que a plupart d’entre eux n’en ont pas. Cela permet aussi , d’accéder aux structures proposant un accompagnement sur le long terme, comme les Espaces publics numériques, les bibliothèques, les médiathèques, les centres socioculturels, etc. Le manque de maitrise de la langue et du langage administratif, conjuguée au manque de maitrise du numérique, sont de vraies barrières pour l’inclusion sociale et l’insertion socioprofessionnelle des migrants. Le numérique est une porte d’entrée pour identifier et verbaliser des besoins, au-delà du numérique. En suivant nos parcours d’accompagnement, notre impact ne porte pas uniquement sur le numérique mais aussi sur l’estime de soi, l’apprentissage et l’acquisition de nouvelles compétences et le renforcement du sentiment d’appartenance.


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