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Entretien : Laurence Veron-Dor

Entretien avec Laurence Veron-Dor, coordinatrice à l’EPN du centre socio-culturel de Belleville depuis 4 ans

Pouvez-vous me dire ce qu’est un EPN ?

Un EPN est un espace public numérique. On y propose des ateliers d’initiation à l’informatique et surtout de l’accès libre à internet et aux ordinateurs pour les gens qui n’ont soit pas de matériel ou pas de connexion chez eux.

On y propose des ateliers d’initiation et de perfectionnement à l’informatique. Cela va du niveau « grand débutant » à « avancé », même si ça reste un niveau basique, car les personnes qui viennent ici ne cherchent pas à en faire leur métier. Elles viennent surtout pour de l’utilisation quotidienne.

On reçoit beaucoup de collégiens lors de l’accompagnement scolaire, ou des participants à des ateliers socio-linguistiques qui viennent utiliser des sites internet leur permettant d’apprendre la langue française.

On propose aussi un accès libre aux ordinateurs. Cependant, il y a toujours quelqu’un pour assister les personnes et les aider, en particulier quand il s’agit de démarches administratives, mais aussi pour les aider à s’entrainer ou pour toute action à faire sur l’ordinateur.

Pourquoi est-ce important d’accompagner ces personnes, même en accès libre ?

On s’aperçoit qu’il y a beaucoup de gens qui ont besoin d’aide. Parmi notre public, il y a beaucoup de seniors, mais aussi des demandeurs d’emploi qui ne sont pas forcément calés en informatique. On a aussi beaucoup de personnes avec des difficultés en langue française qui ont souvent besoin d’aide, notamment pour les démarches administratives. La barrière de la langue est un problème assez récurrent ici.

Quand l’EPN a été conçu, pensiez-vous que ça déboucherait à une demande d’aide aux démarches administratives en ligne ?

Je ne sais pas, mais c’est le problème qui s’est très vite posé de toute façon. Beaucoup de gens viennent pour ça, mais pas que. Certains viennent juste consulter leur messagerie, d’autres viennent s’entrainer ou apprendre en attendant qu’il y ait de la place dans les formations, etc.

Quels sont les difficultés auxquelles vous faites face ?

On rencontre pas mal de difficultés par rapport aux usagers, en particulier les seniors. Ils ont besoin de beaucoup de temps pour devenir autonomes. Il faudrait davantage de formations pour eux, car c’est un public qui a besoin de revoir les choses encore et encore. Et on manque de bénévoles.

Un autre problème auquel on fait face est le manque d’associations qui puissent s’occuper de l’EPN le week-end. On a des subventions pour occuper le plus possible les locaux, mais il y a des créneaux qui sont souvent inoccupés. On cherche donc des partenaires associatifs qui seraient intéressés pour venir les week-ends.

Quelles sont les demandes du public de l’EPN ?

Il y a beaucoup de demandes pour les démarches administratives, et ce de la part de tous nos publics. C’est très récurrent.

Après, certains veulent travailler le français. Même s’ils sont là depuis de nombreuses années, ils ont toujours des difficultés, surtout à l’écrit. L’informatique est un moyen de les aider.

On a aussi des personnes, assez étonnement, qui se sont mises à écrire leur histoire, c’est très chouette. Ils utilisent leurs propres mots, et ils sont heureux que nous les aidions pour l’orthographe par exemple. C’est un phénomène assez nouveau, on a 2-3 personnes qui font ça. Ce serait chouette qu’elles arrivent à partager leur histoire.

Est-ce que vous travaillez souvent avec des organisations de la société civile ?

Il y a « Français langue d’accueil », ce sont des migrants mais pas seniors. « Connexion » aussi qui propose des cours de code de la route. « Autre monde », travaille aussi avec des personnes migrantes qui apprennent le français. Il y a également le CHRS de Belleville, qui fait de l’hébergement d’urgence pour les SDF ou des personnes qui sortent de prison. C’est un partenariat récent et c’est très intéressant de voir d’autres publics.

Ces collaborations nous permettent de couvrir un champ beaucoup plus large, tout en restant sur le quartier. Par exemple, « Fly » s’occupe pas mal de ce qui est insertion par l’emploi. C’est intéressant de collaborer avec plusieurs associations différentes. L’avantage c’est que chaque association fait venir des publics différents, spécialisés dans des choses différentes. Cela nous permet de développer une offre de services très complète pour accueillir les personnes qui ont besoin de l’EPN. Il y a par exemple une forte demande d’accompagnement chez les seniors immigrés.

On reçoit beaucoup d’associations qui permettent de faire vivre l’EPN. C’est intéressant qu’il y ait ces créneaux, et qu’ils servent les habitants du quartier surtout parce que je pense que les personnes qui viennent ici à Belleville, ce sont des personnes qui sont dans le quartier. Le Grdr et les associations partenaires nous aident à l’animer.

Est-ce que le public que fait venir le Grdr est un public que vous avez l’habitude de voir ?

Nous on reçoit des migrants mais on en a peu. On a aussi des seniors mais pas forcément migrants. Donc avec le Grdr on accueille des personnes qui sont à la fois issues de l’immigration et à la fois des séniors. C’est assez particulier, ça change un peu, même si on a quand même des personnes d’origine étrangère ou âgées. Cela nous permet d’accueillir un public assez spécifique, pas toujours facile à atteindre. D’autant plus que nous avons un financement de la CNAV* pour travailler avec les mêmes publics que ceux qu’accompagne le Grdr. Le fait de recevoir des seniors est important et ce sont des personnes qui ont besoin de cet accompagnement.

Comment s’est déroulé le partenariat avec le Grdr ?

Le partenariat avec le Grdr a commencé en 2019, avec une co-animation auprès des seniors migrants sur de la « e-administration » spécifiquement. Maintenant, c’est plutôt de la mise à disposition de locaux.

On avait aussi essayé de répondre en commun à des appels à projet sur le domaine de la santé, mais ça n’avait pas abouti. Pourtant, le sujet nous intéressait.

Ce qu’on voulait à l’EPN c’était apprendre aux gens à utiliser les sites comme Améli, Doctolib, etc. C’était intéressant de la faire avec le Grdr car il dispose de compétences dans le domaine de la santé qu’on a moins ici à l’EPN. On a des enjeux communs, ce serait intéressant de pouvoir porter des projets ensemble !

Quels étaient les besoins repérés ?

Il y avait des problèmes de manque d’équipement, d’accès à internet et de manque de connaissance pour se servir d’un ordinateur.


*La Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) est un organisme français qui gère la retraite des salariés « classiques », c’est-à-dire hors secteur agricole et hors fonction publique.


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