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La gestion des ressources naturelles dans le bassin du Karakoro, entretien avec Alassane Ngaidé

Alassane Ngaidé est le chef du projet intercommunal de gestion intégrée des ressources naturelles et d’adaptation au changement climatique qui a débuté en septembre 2014. Ce projet, financé par l’Union Européenne est porté par l’association mauritanienne Tenmya avec l’appui du Grdr. D’une durée de 3 ans (2014-2016), l’action consiste à œuvrer en faveur de la création d’une intercommunalité dans la région du Guidimakha, dans le sud de la Mauritanie, à la frontière avec le Mali et le Sénégal. L’objectif est d’appuyer trois communes (Baediam, Khabou et Soufi) pour qu’elles gèrent ensemble leurs ressources naturelles menacées.

Alassane Ngaidé, comment résumeriez-vous en quelque mot le projet ?
C’est un projet qui a démarré en 2014 et qui a pour objectif spécifique de sécuriser durablement et d’organiser de manière concertée les ressources naturelles du bassin du Karakoro. En tenant compte du contexte de la décentralisation.

Qu’est-ce que vous entendez par « sécuriser la gestion des ressources naturelles » ?
« Sécuriser » c’est surtout organiser l’accès aux ressources naturelles des différents acteurs qui ont un impact sur l’environnement : les agriculteurs, les éleveurs, les personnes qui exploitent le bois, qui cueillent les feuilles et fruits sauvages (baobab, jujube…), voir même l’ensemble des habitants de ces différents territoires. Pour cela on a choisi de se positionner au niveau intercommunal, en regroupant 3 communes, parce que l’on sait bien que les ressources naturelles ne connaissent pas les limites territoriales ou administratives. D’autant que nous sommes dans une zone de très fortes transhumances, avec de très nombreux bergers et troupeaux qui viennent de tout le pays. Et même du Mali, puisque la frontière n’est pas marquée.

Quels sont les dangers qui pèsent sur ces ressources naturelles ?
Ce sont surtout les actions anthropiques, celles qui résultent de l’activité humaine. J’entends par là, la surexploitation de manière désorganisée et déstructurée de ces ressources. Je pense qu’il y a un réel manque de conscience de la part des usagers et de la population locale sur cette question. Préserver ces ressources, ce n’est pas seulement protéger l’environnement. C’est aussi garantir la possibilité, pour les générations actuelles et futures, de pouvoir en bénéficier pour travailler, pour se nourrir… D’autant plus que les effets du changement climatique compliquent la situation et augmente la vulnérabilité.

Pouvez-vous nous donner un exemple précis de ressource menacée ?
Les diagnostics qui ont été réalisés démontrent de façon très claire qu’il y a une dégradation très alarmante des ressources végétales au niveau des 3 communes. C’est le cas des rôneraies par exemple. Auparavant les rôniers peuplaient tout le bassin du Karakoro, à la frontière entre le Mali et la Mauritanie. Cette espèce protège les zones agricoles, en stabilisant les sols notamment. Mais aujourd’hui elle est en voie de disparition et les 2/3 des rôniers ont disparu. C’est une menace très forte pour l’avenir, puisqu’au-delà de l’arbre en lui-même et de ses fruits, la production agricole elle-même est fragilisée. On peut aussi citer le cas des acacias Sénégal, qui permettent pourtant de produire de la gomme arabique et qui sont très importants dans les activités génératrices de revenus de la population.
D’une manière générale, nous constatons une importante érosion hydrique des sols. Ces espèces, dont nous avons parlé, qui peuplaient ces bassins n’existant presque plus, les eaux de ruissellement érodent les bonnes terres et diminue le potentiel de production. Avec la dégradation des sols, automatiquement, les ressources se dégradent et affectent les possibilités pour les habitants.

Il y a énormément de ressources végétales qui sont surexploitées et dont l’accès n’est pas organisé. Heureusement qu’il y a une volonté réelle de l’Etat mauritanien d’accompagner cette préservation et conservation des ressources naturelles.

Quel est le degré d’implication des communes, en tant que collectivités territoriales, dans le projet ?
Le projet se déroule dans des zones où il y a déjà des conventions locales sur les ressources naturelles. Mais les communes n’étaient pas très impliquées dans leur mise en œuvre, sauf peut-être lorsqu’il s’agissait de délibérer pour attribuer la gestion des ressources à telle ou telle association. Aujourd’hui nous voulons renforcer une dynamique territoriale pour que la commune soit consciente qu’elle a un rôle important à jouer pour gérer ce patrimoine naturel. Mais en même temps, il faut que l’ensemble des acteurs de la société civile et les services techniques déconcentrés de l’Etat soient impliqués.

Ce qu’il faut bien leur faire comprendre, c’est que s’il n’y a pas de dynamique de concertation, les actions isolées n’obtiendront pas de résultat satisfaisant. C’est justement l’objectif de ce projet : mettre en place un dispositif qui soit à la fois un cadre de concertation et un groupement de collectivités territoriales. Ce dispositif permettra, on l’espère, d’avoir une vision et un mandat transversal, entre les communes, pour qu’elles protègent mieux, ensemble, leur patrimoine naturel.

Pourtant les intercommunalités ne sont pas courantes en Mauritanie ?
Sur ce plan là, c’est un projet qui va apporter une forte plus-value. Surtout qu’effectivement, en Mauritanie, on a une carence importante en matière de textes juridiques dans ce domaine. En ce sens, c’est un projet-pilote, qui plus est, en lien avec les ressources naturelles. Il y a bien quelques velléités pour créer des intercommunalités dans la région, mais ca reste des discussions. Nous, nous sommes dans une intercommunalité dynamique, active, avec laquelle il y a un processus en cours, même s’il n’est pas encore arrivé à terme. Bien sûr, jusqu’à ce que le législateur dise « voilà un cadre juridique », mais pour l’instant ce n’est pas le cas, même s’il faut prendre en compte certains éléments qui existent déjà. Mais ça nous permet justement d’échanger avec la Direction Générale des Collectivités Territoriales et de contribuer ainsi à la réflexion autour de cette dynamique intercommunale et du cadre juridique adapté. On est donc bel et bien dans une logique d’expérimentation.

En quoi consiste l’appui de Tenmya autour de ces cadres de concertation intercommunaux ?
Ce projet est mis en place par Tenmya, mais c’est en collaboration avec le Grdr qui a une très bonne expérience dans ce domaine, notamment depuis les activités du PAIDEL-CT. On est complètement dans la même logique de concertation autour de la gestion des ressources naturelles. Et il y a également des similitudes dans les différents axes techniques de la mise en œuvre. Donc ca nous permet, avec le Grdr, sur le terrain, de reproduire cette dynamique concertée à l’échelle de chaque conseil municipal, puis au niveau intercommunal.

Concrètement, chaque commune envoie des délégués qui la représentent au sein de l’intercommunalité. C’est désormais en place. Un bureau a été désigné au début du mois de mars. Et le plan d’action environnemental à l’échelle intercommunal, qui est l’aboutissement des diagnostics environnementaux qui ont été réalisés à l’échelle de chacune des 3 communes, est désormais validé.

Qu’il y a t-il dans ce plan d’action environnemental ?
Les problématiques et les enjeux environnementaux ont été déclinés à partir des problèmes et difficultés vécues par les populations sur le plan environnemental. Puis ensuite des propositions d’actions ont été faites et discutées pour permettre de s’adapter au changement climatique. A partir de là on est désormais en mesure de dégager les priorités. De plus, cet atelier a permis de cibler avec exactitude les zones géographiques qui sont concernées, avec une visibilité à 5 ou 6 ans.

Sur la base de quels critères ces zones ont été ciblées ?
Ce sont surtout des critères relatifs au niveau de dégradation et de vulnérabilité. Mais on prend aussi en compte les dynamiques associatives sur lesquelles nous pouvons nous appuyer. D’autant que dans le cadre de ce projet, il y a également un fonds vert qui sera mis en place, logé au niveau du Grdr d’ailleurs, pour appuyer des initiatives économiques locales qui transforment et valorisent les produits forestiers tout en respectant l’environnement. L’idée est ici de montrer aux populations locales que l’on peut tout à fait exploiter les ressources naturelles de la région sans les détruire. Et avoir une activité économique tout aussi rentable qu’avant… Voir plus !

Pourquoi est-il important d’appuyer ce genre d’initiatives ?
L’idée première c’est de proposer aux populations des activités économiques alternatives pour diminuer la pression sur les ressources naturelles. C’est ce genre d’initiatives qui permet de créer plus de lien entre les populations et leurs ressources naturelles. Dès que l’on sait qu’on peut transformer les fruits du rônier par exemple, cela permet de valoriser l’arbre et son fruit, sans le détruire. Et les gens comprennent alors qu’il y a là une ressource économique durable.
Aujourd’hui ce sont des initiatives qui existent de façon très rares, mais quand il y a des appuis un peu plus ciblés qui permettent de s’organiser, il y a un réel engouement qui se créée immédiatement.


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