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Houleye Kane, une jeune femme au cœur de la vie associative mauritanienne

Houleye Kane, est une jeune journaliste mauritanienne qui lutte pour l’accès au savoir, à la culture, à l’alphabétisation des jeunes mauritaniens et pour l’égalité des genres. Dans sa vie professionnelle elle est journaliste « free-lance », mais aussi cheffe de division audiovisuelle à l’institut national des arts, ou encore consultante junior sur les questions de genre et media. Dans son « temps libre », cette jeune femme est présidente de l’association « J’aime lire » qui encourage la lecture et l’alphabétisation en collectant des livres pour créer des bibliothèques en Mauritanie. Très engagée, elle est également membre du réseau des femmes journalistes en Mauritanie, du réseau international Awid pour le Genre, directrice pays du réseau « International Youth Parliament », membre du club des jeunes journalistes et adhérente à l’Union de la Presse Francophone.

Bonjour Houleye. Tout d’abord, d’où vous est venue cette volonté de s’engager ?

J’ai d’abord vécu de l’autre côté du camp. J’étais celle qui tendait la main pour recevoir et ça m’a beaucoup forgée. Et j’en garde de bons souvenirs de certaines qui étaient là pour apporter des solutions, par pour juste exister. En gros des associations travailleuses concrètes et engagées. Puis j’ai été inspirée par des jeunes comme moi, qui voulaient réaliser des actions concrètes au profit des personnes vulnérables en Mauritanie. Je me rappelle de mon premier engagement aux côtés de l’association AISER avec qui j’ai collaboré en 2010 et qui venait en aide aux enfants talibés nécessiteux. J’en ai profité pour réaliser un mini court métrage, intitulé « Une lettre à ma mère ». Il raconte le vécu des enfants mendiants en Mauritanie. Ça a été un déclic.

Aujourd’hui, vous êtes engagées dans plusieurs associations. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

Le manque d’accès aux droits pour certains, d’accès aux libertés, le manque d’éducation, le manque de civisme. Je voulais que ma voix ou mes actions aient un impact favorable sur les gens à travers des causeries, des actions de renforcements de capacités, ou encore à travers la mise en place des bibliothèques dans les villages, la promotion des droits des femmes, le reboisement, etc. C’est comme ça que j’ai rejoints l’association « J’aime lire » en 2006 et j’en suis devenu présidente en 2013.

La jeunesse est au cœur de votre projet d’engagement. Qu’est-ce qui vous motive dans le monde associatif lié à la jeunesse ? Qu’est-ce que cela vous a apporté et vous apporte ?

Ce qui me motive c’est de faire en sorte que toutes les questions liées aux jeunes soient soumises aux gouvernants et aux décideurs puis discutées et traitées. Après d’une manière plus personnelle, je considère qu’être membre d’une association c’est s’ouvrir aux opportunités, créer des projets et trouver des moyens de les réaliser. Grâce à cela, j’acquière des opportunités pour me former, renforcer mes capacités. Enfin, ça me permet de créer des liens forts avec les personnes que nous aidons, les jeunes et les femmes. Cette proximité avec les gens reste la plus belle réalisation qu’on peut avoir.

Comment votre famille perçoit votre engagement ?

Au début, je voyais que ma mère était inquiète. Elle ne comprenait pas pourquoi j’y consacrais autant d’énergie alors que j’étais en âge de travailler dans un bureau. Mais au fil des années, elle a vu les fruits de mon travail. Quand elle part au village on lui parle des actions que j’ai menées, on lui dit ; « Houleye et ses amies ont créés une bibliothèque ici pour nos enfants », ou encore « Houleye et ses amies ont organisés une causerie avec nos filles du village pour alerter contre l’excision ». Aujourd’hui elle est fière. Idem pour mes proches parents. Je crois que tant qu’ils voient que c’est concret et bénéfique pour tous. Ils sont d’accord avec toi.

Vous voyez vous toujours continuer dans l’associatif plus tard ?

Tant que les conditions de vie des citoyens ne sont pas améliorées, tant que des femmes subissent des violences et n’obtiennent pas leurs droits, et tant que les petites filles restent à la maison et ne vont pas ou ne continuent pas l’école, je continue mon combat.

Qu’est-ce que vous pensez des dynamiques associatives actuelles de jeunes en Mauritanie ? Avez-vous constaté une évolution dans le secteur ?

Il y a beaucoup d’associations de jeunes qui effectuent un travail remarquable et qui ont besoin d’aide pour réaliser leurs projets. Les jeunes font ce que les gouvernants tardent parfois à réaliser. La preuve : ils sont des centaines à se mobiliser lors de la période des pluies pour apporter du soutien aux populations locales, ils se mobilisent à la veille de ramadan pour distribuer des vivres, ils se mobilisent pour ouvrir des bibliothèques dans des zones reculées de la Mauritanie, ils se mobilisent dans le soutien scolaire. Ils se mobilisent pour construire des centres de santé… Malheureusement, ils ne peuvent pas tout faire. La plupart des jeunes ont aussi une vie de famille, des enfants, des parents qui attendent d’eux, mais tous sont animés par un esprit d’entraide.

Quelle est votre plus grande fierté au sein du milieu associatif ? Pouvez-vous nous parler d’une expérience particulière ?

J’ai vécu une expérience extraordinaire avec les habitants du village de Aéré Goleré, dans le Brakna à 30 km de Boghé. Nous y sommes allés pour amener des livres qu’on avait récoltés pour l’ouverture de la bibliothèque du village. Seulement nous ne savions pas qu’à notre arrivée nous allions être accueillies par des centaines de personne à l’entrée du village, qui nous ont accompagnées jusqu’à l’école où se trouve la bibliothèque. C’était une grande émotion.


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