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Les “chemins épineux” de l’accès aux droits des personnes âgées immigrées

Comment donner à voir les parcours semés d’embûches des personnes âgées immigrées dans l’obtention de leurs droits à la retraite ou la santé ? Quelle consistance donner aux rendez-vous qui se succèdent semaine après semaine pour constituer des dossiers, tentant de “débloquer” des situations individuelles qui s’avèrent pourtant partagées collectivement ?

Afin de montrer la fabrique de ce système inégalitaire et ses conséquences pour les personnes concernées, nous avons illustré ces situations en nous inspirant des récits de parcours individuels pour rendre compte de leurs réalités de vie. Elles sont accompagnées d’extraits d’entretiens pour faire entendre la voix de ces personnes au plus près de leur vécu.

Ces témoignages sur les parcours d’accès aux droits des personnes âgées immigrées, en fait des parcours d’obstacles, ont été collectés dans le cadre d’une recherche-action menée par l’association Grdr, qui œuvre pour l’accès aux droits des personnes immigrées ou en situation de migration, en Ile-de-France en 2024-2025. Tous les noms propres ont été changés conformément à leur demande et pour préserver leur anonymat.

Alors que les discours publics s’attardent sur la “fraude sociale” et sur “l’assistanat”, le problème essentiel concernant les droits sociaux est celui du non-accès. De nombreuses recherches menées depuis les années 1990 ont mis en évidence l’importance du non-accès aux droits sociaux, c’est-à-dire de situations où les personnes ne perçoivent pas un droit ou une prestation sociale à laquelle elles ont pourtant droit . Un rapport de l’IGAS (Inspection Générale du ministère des Affaires Sociales) chiffre ce non-recours à près de trois milliards d’euros chaque année pour le RSA (revenu de solidarité active), autant d’économies pour le budget de l’Etat !

Ainsi, un tiers des résidents des foyers éligibles au RSA ne le touchent pas ; pour l’Allocation de Solidarité aux Personnes Agées (ASPA) - une prestation sociale non contributive, complément aux faibles pensions de retraite – le taux de non-accès général dépasse les 50%. Il est encore plus important pour les femmes et les personnes les plus âgées .
L’ampleur du non-accès aux droits est donc bien plus importante que les prétendues “fraudes” aux prestations sociales. Ce phénomène peut s’expliquer par la fracture numérique, par une méconnaissance du droit et des conditions d’accès.

A ces facteurs socioéconomiques s’ajoutent souvent des barrières fabriquées par les administrations tout au long du parcours d’accès aux droits. Ces situations ne concernent pas seulement les aides sociales (c’est-à-dire les prestations dites “non contributives “ qui ne nécessitent pas d’avoir cotisé) mais aussi les droits sociaux acquis par le travail, comme la retraite ou l’accès aux soins.

La problématique de l’accès aux droits des personnes immigrées en France ne se réduit pas à la question de l’obtention des titres de séjour ni à l’Aide Médicale d’Etat. Les personnes étrangères ou immigrées sont pourtant particulièrement confrontées à ces difficultés, dues au cumul d’inégalités sociales et structurelles en France française et tout particulièrement les personnes immigrées âgées.
Arrivé.es dans le cadre du recrutement d’une main d’œuvre étrangère dans les années 1960-1980, nombre d’entre ces personnes ont vécu, travaillé et cotisé pendant des années, souvent des décennies, et ont passé la majeure partie de leur carrière professionnelle en France.

Face au vieillissement et au passage à la retraite, l’accès aux droits se transforme souvent pour elles et eux en un véritable « chemin épineux », comme nous l’explique Mme Delmas, une personne accompagnée par le Grdr et qui partage son parcours dans cette exposition.

Si le passage à la retraite présente une période d’instabilité, avec un risque accru de perte d’autonomie, d’isolement social, de problèmes de santé physique ou psychique, de ruptures de droits, les personnes en situation de migration, dont celles arrivées en France sous le statut de “travailleurs immigrés”, sont particulièrement concernées. Cette population est généralement confrontée à des conditions de travail moins favorable que la population nationale non-immigrée . En raison des discriminations et la segmentation du marché du travail, ces personnes font souvent face à des parcours professionnels hachés, des statuts d’emploi plus dégradés, des salaires plus faibles, des métiers “pénibles”, dans lesquels elles sont davantage exposées à des risques d’accidents ou de maladies professionnelles.

Ces inégalités qui marquent les parcours de vie et trajectoires professionnelles des personnes immigrées en France se répercutent jusqu’à l’âge de la retraite. Ainsi, la reconnaissance complète des droits s’avère souvent plus complexe, que cela concerne la retraite, le statut administratif, le logement ou les droits sociaux.
Ces situations sont aujourd’hui accentuées par le contexte de fermeture de la quasi-totalité des guichets publics (sécurité sociale, préfectures, etc.) remplacés par un accès numérique uniquement.

S’ajoute à cette fracture numérique le durcissement des conditions d’accès à certaines prestations sociales pour les étrangers (en particulier les prestations non- contributives telles que l’ASPA) mis en place par les lois relatives à l’immigration depuis 15 ans. Les conséquences sont des délais d’attente très longs avant d’obtenir un droit ... quand celui-ci n’a pas été restreint ou supprimé. Cela vient alors amplifier la précarité pour ces personnes déjà exposées à des situations de précarité et de pauvreté.

Face au double durcissement des politiques migratoires et sociales, il devient pressant de faire entendre la parole de personnes âgées concernées. A la fois pour restituer une réalité sociale et donner à entendre des voix éclipsées des discours ambiants, et pour mettre en lumière les conditions sociales et institutionnelles du non-accès aux droits.

Loin de constituer des “cas isolés”, “exceptionnels” ou des “erreurs administratives”, ces parcours individuels donnent à voir un tableau représentatif des difficultés structurelles (inégalités, discriminations, dématérialisation de l’accès aux services publics...) rencontrées par les personnes âgées immigrées en France, tentant de faire valoir leurs droits à la retraite, aux soins ou encore à l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA).

Cliquez ici, pour accéder directement à la plateforme d’écoute si vous n’arrivez pas à écouter le podcast.

Illustrations originales : Anna-Gaëlle Lienne
Montage sonore : Maëva Destrade

Travail de recherche réalisé par Hannah Bramekamp et Armèle Cloteau


Documents à télécharger

Livret - exposition "non accès aux droits"
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