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Les migrations, une ressource durable pour des territoires solidaires
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« Les migrations environnementales », un concept au carrefour des enjeux politiques

« Avoir le choix de rester ou de partir ! ». C’est souvent la synthèse qui revient lorsque nous présentons les activités du Grdr et que nous devons formuler le projet politique qui est le nôtre. Aussi bien sur les territoires d’origine, de transit que de destination. Conscients que les projets migratoires reposent sur de multiples déterminants, nous articulons nos actions en fonction de l’analyse de ces causes et de leur origine pour pouvoir générer les conditions de ce libre choix.

Pourtant, depuis une quinzaine d’années, et notamment dans le cadre des travaux su les changements climatiques (GIEC ) mais aussi des processus de dialogue sur les modalités de gouvernance mondiale des migrations (OIM, HCR), les questions liées aux migrations environnementales prennent chaque année davantage de poids.
Il faut prendre conscience que les « catastrophes naturelles » déplacent quelque 25 millions de personnes par année (soit environ une personne par seconde !) .

Un phénomène qui est amplifié par le changement climatique mais qui reste sous-estimé, selon François Gémenne, spécialiste de géopolitique environnementale et auteur d’un Atlas des migrations environnementales (2016). « Il faudrait en effet ajouter toutes les personnes déplacées par des dégradations plus lentes de leur environnement, comme la hausse du niveau des mers ou la dégradation des sols, et qui alimentent le flux des migrants dits économiques », souligne l’auteur. «  L’année 2017 a battu tous les records avec les ouragans (Caraïbes) et les inondations (Asie du Sud) qui ont touché 42 millions de personnes » !

De con côté, l’Organisation Internationale des Migrations annonce qu’il faudra compter entre 250 millions et 1 milliard de « migrants environnementaux » d’ici 2050. Prenons du recul : à quelle réalité ces chiffres renvoient-ils ? Le libre choix est-il encore possible quand les contraintes sont si fortes ?

Les migrations environnementales » : de quoi parle-t-on ?

Il n’y a encore aucune définition internationalement officielle qui concerne la mobilité humaine liée à des raisons environnementales. Néanmoins, l’OIM a proposé une définition de travail générale qui cherche à saisir la complexité des questions en jeu :
« On appelle migrants environnementaux les personnes ou groupes de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur foyer habituel ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur de leur pays ou en sortent  » (OIM, 2011).

Cette définition demeure suffisamment large pour englober une grande majorité de migrant. Néanmoins, le mot « essentiellement » renvoie à la multiplicité des causes que le Grdr pondère en 6 axes sur son baromètre des déterminants. Les « migrants environnementaux » seraient ceux qui considèreraient l’axe « environnement » comme le principal motif de leur projet migratoire.

Pour le Grdr, au Sahel, là où les terres sont pourtant dégradées, la pluviométrie très aléatoire et les accidents climatiques nombreux, comme sur le littoral, où les sols sont aussi détériorés et où l’effet de la montée de la mer est toujours plus prégnant, c’est encore rarement le cas. Y compris pour ceux qui sont venus dans les années 73-84 lors des deux périodes de sécheresse intense .

La migration : facteur d’adaptation et/ou… d’atténuation des changements climatiques ?

Comprenons d’abord que les « migrations environnementales » ne sont pas toutes dues aux seuls effets des changements climatiques, ni même des aléas naturels (séisme, tsunami, irruption volcanique), mais que les déplacements « environnementaux » sont aussi souvent liés à l’action des Hommes : pollution, accident industriels, dépossession de terres, déplacements de villages dans le cas d’exploitation minière (cf. ex. Mine d’or, dans la commune de Sadiola au Mali). Dans ces différents cas, les migrations apparaissent comme une solution ultime face aux dégradations, quelles que soient leur cause. A ce sujet, l’OIM préconise de considérer les migrations comme une stratégie d’anticipation des aléas participant aux mécanismes d’adaptation aux problèmes environnementaux.

De notre côté, le Grdr a pu aussi identifier les migrations comme un facteur d’atténuation des changements climatiques : les initiatives « Migration-Développement » (banque de céréales, barrages, campagne de reboisement, périmètres irrigués pour le maraichage, projet de gestion intégrée des ressources en eau) sont nombreuses, portées par les migrants internationaux ou internes depuis leur territoire de destination sur leur territoire d’origine. Sans doute manquons-nous encore d’indicateurs fiables et fonctionnels pour pouvoir affirmer précisément et définitivement que les migrations sont un facteur clef de résilience territoriale !

Au final, c’est la question des trajectoires migratoires qu’il faudra encore et toujours approfondir : comprendre d’où viennent les « migrants environnementaux » bien sûr, cerner les déterminants des projets migratoires et la place des questions environnementales dans les raisons du départ, mais aussi analyser leur parcours et identifier les points de chute : car plus les niveaux de vulnérabilités sont haut, plus l’éventail des choix se réduit. Seuls les plus aisés peuvent réussir leur parcours à l’international, là où les autres iront peupler les zones d’habitat précaire des périphéries des villes. Le Grdr a d’ailleurs ici un sujet d’actualité à intégrer dans sa future stratégie « ville durable ».

Des questions juridiques encore non résolues : vers un statut de réfugié environnemental ?

Ces questions de vulnérabilités nous obligent à renforcer aussi notre capacité d’analyse et d’action en termes d’accès aux mêmes droits pour tous le long des parcours migratoires.

A ce sujet, l’OIM rappelle que «  les personnes qui migrent pour des raisons environnementales ne tombent pas, de façon claire, dans une catégorie particulière prévue par le cadre juridique international existant  ». Les termes tels que « réfugié environnemental » ou « réfugié climatique » n’ont pas de fondement juridique en droit international des réfugiés. Il y a un consensus croissant parmi les organismes concernés, y compris le HCR : leur utilisation doit être évitée ! Ces termes sont trompeurs et pourraient saper le régime juridique international pour la protection des réfugiés.

Car, selon l’OIM encore, « toutes les personnes qui se déplacent pour des raisons environnementales sont protégées par le droit international des droits de l’homme ». En outre, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays en raison de catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme sont protégées par des dispositions qui se trouvent dans les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays. Et l’OIM de conclure : « Cette protection dépend de la mesure dans laquelle un pays a adopté les Principes directeurs ».
L’élaboration et la validation prochaine en 2019 par les Nations Unies des Global Compact sur (i) « les Migrations sures, ordonnées et régulières » (OIM) et (ii) sur « les réfugiés » (UNHCR) devraient rouvrir ce débat et proposer des pistes pour les prochaines années.

Conclusion : L’effet papillon appliqué aux migrants environnementaux : un enjeu mondial pour des interdépendances solidaires !

Ce phénomène des migrations environnementales touche en réalité autant les pays en développement que les pays industrialisés. Et pourtant, il reste sous estimé dans les approches politiques car considéré comme marginal. La proportion dans laquelle ces migrations vont augmenter dépendra pourtant des politiques, analyse François Gémenne : en d’autres termes, d’une combinaison de stratégies d’adaptation, permettant aux populations de rester où elles sont, et d’encouragements aux déplacements, par exemple grâce à des programmes de déplacement anticipé.
Il est certain que les changements climatiques auront des répercussions majeures sur la mobilité humaine et que le mouvement des personnes est et continuera d’être affecté par les catastrophes naturelles et la dégradation de l’environnement. Ces mouvements prendront des formes complexes : il s’agira de migration forcée et volontaire, temporaire et permanente, interne et internationale.

Ces migrations peuvent être considérées comme des leviers d’adaptation mais aussi d’atténuation. Mais les problématiques de « vulnérabilité » doivent être inscrites au centre des réponses actuelles et futures. En effet, les plus vulnérables ne pourront peut être plus se déplacer !

Voilà un sujet qui illustre parfaitement la triple entrée nécessaire à la dialectique migration-développement : les migrations sont une variable, un facteur et un indicateur des dynamiques de développement territorial. Avec un fort enjeu autour des questions d’« interdépendances » (cf. second axe de la matrice du Grdr) et des objectifs de développement durable (ODD) « universels ». Ainsi, le Grdr pourra contribuer à l’analyse des flux, ainsi qu’à l’étude des mutations de ces trajectoires et de l’évolution des profils, sur le temps long des territoires d’origine, de transit et de destination. A savoir : au sein du CRID, un groupe de travail s’est déjà réuni plusieurs fois pour parvenir à documenter le sujet.

Ici comme là-bas, un des principaux enjeux va consister à préparer les territoires à accueillir ces populations, et à faciliter les processus de cohésion sociale et de savoir vivre-ensemble.


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